<298>CHAPITRE
VIII--ARTICLE III.
Conclusions.
Ce qui mérite ici un plus sévère examen,
[940]ce sont les inconvéniens qu'on diroit pou-
voir en résulter à l'égard de l'autorité du
Monarque. On ne doit jamais rien hazarder
sur cette matière; ainsi rien n'est plus à re-
commander que d'essayer avant toutes cho-
[945]ses ce Systême de Gouvernement intérieur
dans quelque Canton du Royaume. Qu'on
n'y oublie rien de ce qui en contrebalance
les objetions & les inconvénients, & qu'on
<299>le rejette s'il n'arrive pas tout ce qui est an-
[950]noncé, qui est une grande augmentation au-
lieu d'une diminution à l'autorité Royale.
Comment un homme seul en gouverne-t-il
20 millions d'autres? C'est par l'opinion:
elle vient de l'expérience, du sentiment, de
[955]la raison, & sur-tout de l'usage. Voilà les
seules forces de la puissance Publique; elles
en fournissent de réelles contre les parties
qui voudroient se séparer de tout ce qu'on
trouvera dans tout ce Systême, l'opinion de
[960]respect, de crainte, de grandeur, & les bien-
faits du Monarque.
On y trouvera à l'égard du Public une
nouvelle source de connoissances de ses
moindres intérêts, & un germe de mouve-
[965]ment toujours renouvellé par l'objet même
& incapable d'être détourné par les intérêts
particuliers qui en sont les véritables en-
nemis.
<300>A l'égard du choix des Sujets pour l'ad-
[970]ministration, qu'on me donne seulement des
bons coeurs & des esprits droits, il me sem-
ble que je menerois le monde.
Les Romains, grands modèles de force &
d'habileté dans le Gouvernement, ne tiroient
[975]des Provinces conquises que des tributs, les
laissant au reste se gouverner par elles-mê-
mes & par leurs loix. Ils leur envoyoient
seulement chaque année un Préteur pour ad-
ministrer le Justice & commander les trou-
[980]pes, & un Questeur pour faire payer les
Droits. C'est ainsi que fut arrangée la Sicile
à la fin de la première guerre Punique,
quand elle fut réduite en Province Romaine;
Ciceron la compare à la première métairie
[985]qu'eût acquis la République: & c'est ainsi
que l'on administre habilement ses terres en
les affermant; mais non en les faisant valoir
par soi-même.
<301> On peut promettre aux hommes que leur
[990]raison fera des progrès, la société & la
communication nous en sont garants; les ef-
fets en sont sensibles, & cet établissement &
ces principes auront lieu un jour
On cherche à remédier à cette inexprima-
[995]ble pauvreté des Provinces, où la circulation
de l'argent, & le Commerce sont anéantis,
& que les Financiers déguisent au Roi. L'on
ne peut trouver où réside le véritable bon-
heur public qui résulte d'une sage liberté.
[1000]Le peu de choses qui vont encore passa-
blement en France, ce sont quelques portions
échappées de la Police Législative, & qui ont
été libres des vues fiscales & des priviléges
exclusifs toujours contraires au bien indéfendu.
[1005]La liberté est l'appui du Trône; l'ordre
rend légitime la liberté.