TEXT 1784
 
 
 

<296> Conclusion.
 

Comment un seul homme en gouverne-

t-il vingt million d'autres? C'est par

l'opinion & la confiance qui naissent du

sentiment, de la raison, mais sur-tout

de l'expérience & de l'habitude. Voilà les

vraies sources de la puissance publique;

c'est d'après elles que l'on a formé le

plan proposé. Son exécution procureroit

au Peuple le connoissance de ses vérita-

bles intérêts; il les auroit toujours sous

les yeux, & n'en pourroit être détourné

par les intérêts particuliers, qui sont les

ennemis du bien général. De son côté, le

Souverain, éclairé par son Peuple même,

ne pourroit être égaré sur des intérêts

qui, après tout, sont les siens propres, &

qu'on ne peut lui faire trahir qu'en le

trompant.
 

A l'égard du choix des Sujets pour l'Ad-

ministration, avec de bons coeurs & des

esprits droits, on pourroit aisément gou-

verner le monde: mais les bons coeurs &

les esprits droits sont bien plus rares que

les habiles gens, les esprits brillans & les

gens à l'imagination. Il faut être en garde

<297>contre ceux-ci, & fixer leurs idées par

un plan solide & bien entendu, dont ils

ne puissent s'écarter, & qui ne leur laisse

que la liberté de faire le bien à décou-

vert, sans pouvoir envelopper leurs des-

seins dans les ténebres d'une marche obs-

cure, ou s'égarer en faisant prendre le

change au Public.
 

Attendons-nous à voir notre raison

faire encore de nouveaux progrès; ceux

qu'elle a déja faits nous en sont garans.

D'âge en âge les effets en seront plus

sensibles, & peut-être qu'un jour les prin-

cipes de ce plan proposé par la France,

seront jugés dignes d'être appliqués à tous

les Gouvernemens de l'Europe.
 

Plaise au Ciel que l'on soit bientôt

pénétré de cette sage maxime! L'autorité

Monarchique & la liberté du Peuple ne

sont point ennemies, & ne doivent ni se

combattre ni se détruire; au contraire c'est

sur la parfait intelligence de l'autorité &

de la liberté, que doit être fondé le bonheur

du Monde.

FIN.