[J.M. GALLANAR= éditeur]





JEAN JACQUES ROUSSEAU






DÉCLARATION ADRESSÉE PAR M. D'ALEMBERT AUX EDITEURS.






[Du Peyrou/Moultou 1780-1789 quarto édition; t. XIV, pp. 355-356 (1782).]




[355] DÉCLARATION ADRESSÉE PAR M. D'ALEMBERT AUX EDITEURS.



"J’ai appris par M. Hume avec la plus grande surprise ; que M. Rousseau m'accuse d'être l'Auteur d'une lettre ironique qui lui a été adressée dans les papiers publics , sous le nom du Roi de Prusse. Tout le monde sait à Paris &

à Londres , que cette lettre est de M. Walpole , qui même ne la désavoue pas. Il convient seulement d'avoir été aidé, pour le style, par une personne qu'il ne nomme point & qui devroit peut-être se nommer. Pour moi , sur qui les soupçons du public ne sont jamais tombés à cet égard , je ne connois nullement M. Walpole : je ne crois pas même lui avoir jamais parlé , ne l'ayant rencontré qu'une fois dans une maison particuliere. Non-seulement je n'ai pas la plus légere part , ni directe ni indirecte , à la lettre dont il s'agit , mais je puis citer plus de cent personnes , amies &

ennemies de M. Rousseau , qui m'ont entendu la désapprouve beaucoup , par la raison qu'il ne faut point se moquer des malheureux , sur-tout quand ils ne nous ont point fait de mal. D'ailleurs , mon respect pour le roi de Prusse, & la reconnaissance que je lui dois , pouvoient , ce me semble , faire supposer à M. Rousseau que je n'aurois pas voulu abuser du nom de ce Prince , même pour une plaisanterie."


                     


"J'ajoute que je n'ai jamais été l'ennemi de M. Rousseau, [356] ni déclaré ni même secret, comme il le prétend , & je défie qu'on apporte la moindre preuve que j'aye jamais cherché à lui nuire en quoi que ce puisse être. Je pourrois prouver au contraire, par les témoignages les plus respectables , que j'ai cherché à l'obliger en ce qui a dépendu de moi."



"Quant à me prétendue correspondance secrete avec M. Hume , il est très-certain que nous n'avons commencé à nous écrire que cinq à six mois après son départ , à l’occasion de la querelle que M. Rousseau lui a suscitée , & dans laquelle il juge à propos de me mêler si gratuitement."



"Je crois devoir cette déclaration à moi-même , à la vérité & à la situation de M. Rousseau : je le plains bien sincérement de croire si peu à la vertu , & sur-tout à celle de M. Hume."



D’ALEMBERT.